1er SYMPOSIUM ANYJART SUR LES MATHÉMATIQUES AFRICAINES

Bilan et interview de NK Omotunde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kaamadja (pour anyjart.com) : Bonjour, j’ai le plaisir de partager avec vous cette entrevue avec Jean Philippe Omotunde, co-fondateur de l’Institut Africamaat à Paris et qui enseigne aujourd’hui les Humanités Classiques Africaines a l’Institut ANYJART de Guadeloupe mais aussi en Martinique à l’Institut Per Ankh Maâtinik. Alors avant d’entrer dans le vif du sujet, comment puis-je encore vous présenter ?

 

NK Omotunde : Bonjour, notre tradition ancestrale kamite nomme ceux qui font cet effort de transmission pédagogique de notre patrimoine historico-culturel des « Sesh n Maât », soit des « Scribes de la Connaissance/Vérité ». J’ai donc un nom kamit qui est Nioussérê Kalala Omotunde.

 

 

Kaamadja : Alors Kalala Omotunde, votre structure Anyjart a organisé à la Bibliothèque Paul MADO de Baie-Mahault, les 27 et 28 février 2015, le 1er Symposium sur les Mathématiques Africaines en direction d’un public d’enseignants et d’encadrants sociaux.  Pourquoi une telle thématique ?

 

NKO : Vous savez, les Mathématiques Africaines, leur histoire, leur diversité et leurs atouts pédagogiques demeurent inconnus du grand public. Certains pensent même qu’il s’agit d’une utopie. Pourtant il existe de nombreux colloques internationaux et des articles de presse qui en parlent.

 

La réalité est que l’Afrique noire, depuis l’époque coloniale, a été arbitrairement marginalisée de l’histoire intellectuelle de l’humanité. C’est donc contre cette injustice que toute l’équipe d’Anyjart a souhaité réagir en organisant ce 1er Symposium.

 

 

Kaamadja : Vous dites en quelque sorte que l’on parle facilement des mathématiques chinoises ou arabes mais pas des mathématiques africaines ?

 

NKO : Citez moi le nom de deux mathématiciens africains de l’antiquité ? Vous voyez, et pourtant il fallait bien être mathématicien pour bâtir les pyramides.

 

 

Kaamadja : À l’entrée de la bibliothèque Paul Mado, votre exposition a fait sensation. Pouvez-vous nous en parler ?

 

NKO : En effet, nous avons présenté au public une magnifique exposition structurée en 2 thèmes : « Inventions et découvertes du Monde Noir » et « Histoire des mathématiques ». La première a été conceptualisée par Anyjart et est destinée aux scolaires (collège, lycée) et la deuxième fut réalisée pour le FESMAN en 2010 (Festival mondial des arts nègres) qui s’est déroulée au Sénégal et nous remercions l’association Racines de nous l’avoir mise à disposition.

 

 

Kaamadja : Pour une première ce fut un succès car le public était très nombreux. Pour y avoir été, je dois dire que j’ai été agréablement surprise de découvrir cette nouvelle facette de notre culture ancestrale et surtout l’engouement des enfants pour les mathématiques africaines.

 

NKO : En fait, nous avons souhaité faire preuve de rigueur pédagogique et c’est pour cette raison qu’un Manuel de travail accompagné d’un magazine scientifique (le Papyrus d’Ahmès) ainsi que 3 posters pédagogiques  étaient proposés au public à l’entrée, afin de permettre à tout un chacun de mieux saisir les modes opératoires de calcul et les approches méthodologiques. Enfin, les compétences de l’équipe d’Anyjart (psychologues, enseignants, médecins, assistantes sociales, informaticiens, etc.) ont été mises à profit pour suggérer une nouvelle approche pédagogique basée sur la valorisation intellectuelle de notre patrimoine ancestral africain. Pour sensibiliser les jeunes, nous avons volontairement mis à l’honneur des enfants de leur âge qui ont réalisé des nombreux exercices sur scène, ce qui a permis aux jeunes présents dans la salle de saisir les modes opératoires puis à leur tour, d’aller sur la scène pour faire eux-mêmes les exercices devant leurs parents. Cela a donné au Symposium un aspect très positif et très interactif.

 

 

Kaamadja : C’est facile de parler de l’histoire intellectuelle de l’Afrique en milieu scolaire ?

 

NKO : J’anime régulièrement des ateliers pédagogiques en milieux scolaires et je constate que parler des sciences, des techniques et des inventions africaines qui ont inspiré l’humanité est encore atypique. C’est dommage, car il n’existe pas de sous-humanité sauf dans certains esprits. Comment peut-on vouloir éduquer les jeunes afro-caribéens, les inspirer positivement sans passer par la valorisation intellectuelle de leurs racines africaines et sans leur permettre de découvrir des modèles positifs issus de leur culture. Cela porte un nom : le colonialisme ! Tous les scientifiques le disent, l’Afrique est le berceau des sciences mathématiques. Thalès, Pythagore, Eudoxe et bien d’autres encore, y ont séjourné pour être initiés à cette science antique africaine que les pyramides exultent.

 

 

Kaamadja : Parlez-nous des divers Panels, car je crois que ce 1er Symposium Anyjart sur les Mathématiques Africaines en comportait 9.

 

NKO : Effectivement le vendredi nous avons organisé deux panels.

 

Pour le Panel 1 → Histoire, Education et Estime de soi, l’intervention de Jean-Paul Quiko de l’association Gwajéka avait pour objectif de présenter aux enseignants, l’aspect mathématique de nos jeux et jouets traditionnels qui, en proposant un apprentissage ludique et méthodologique, stimule les jeunes et positive le savoir mathématique.

 

Akwa Ekima, psychologue en milieu éducatif, a traité de l’effet Pygmalion, à savoir le concept de prophétie auto-réalisatrice. En effet, les scientifiques constatent que les préjugés positifs ou négatifs et les intuitions non fondées ont un impact puissant sur les comportements des adultes (parents et/ou enseignants) ce qui influe considérablement d’une façon ou d’un autre, sur les résultats scolaires d’un enfant.

 

Kimya Shomari, assistante pédagogique, a elle insisté sur l’aspect nocif de l’éducation par la négative, héritée de nos traumatismes hérités de notre passé. « Pa mannyé sa, Pa fè sa, Pa si, Pa sa, etc… » toutes ces interpellations négatives sont à bannir. L’approche positive reste plus productive que celle négative vis à vis des enfants.

 

Enfin, d’autres intervenants de diverses nationalités ont d’ailleurs livré leurs expériences personnelles par des témoignages vidéo.

Ma conférence inaugurale, visait à défendre le point de vue de l’UNESCO, à savoir qu’il faut aujourd’hui « désarmer l’histoire en mettant l’accent sur le développement scientifique et culturel et en soulignant les apports de tous les peuples au progrès de l’humanité. »  Mission qui s’avère être essentielle surtout lorsque l’on constate que même les manuels scolaires regorgent de stéréotypes dévalorisant les populations du sud et surtout le Monde Noir.

 

Le Panel 2→ Emergence de l’intelligence humaine avait pour objectif de mettre en avant les chercheurs internationaux qui ont prouvé que l’Afrique noire était bien le berceau intellectuel de l’humanité. Les découvertes des sites de Pinacle Point (utilisation de la chauffe pour tailler les roches, -170 000 à -40 000 ans) et de Blombos en Afrique du Sud (-80 000ans, colliers de coquillages, pierre en ocre comportant les premiers tracés géométriques de l’histoire humaine, etc.), sont des preuves tangibles.

 

Puis le samedi, nous avons organisé les autres panels. Tout d’abord, le Panel 3→  Blombos : berceau de la géométrie. J’ai présenté le système de triangulation retrouvé sur la pierre en ocre de Blombos qui témoignait de l’émergence des compétences cognitives des Bantou (êtres humains en Kikongo). L’intervention vidéo du professeur P. K. Adjamakbo vint alors mettre la surelle sur le gâteau.

 

Le Panel 4→ L’Afrique : berceau des mathématiques. Une affirmation qui ne fait plus débat depuis la découverte de l’Os de Lebombo (-35 000 ans, Afrique du Sud) et  l’Os d’Ishango (-20 000 ans, Congo RDC), qui représentent les plus anciens témoignages des capacités mathématiques de l’humanité, comme le confirme un article du journal Le Monde (28 février 2007). Il était également question des origines du chiffre 1 actuel, liées à l’utilisation du harpon en Afrique depuis la région du Katanga en RDC vers -90 000 ans.

 

Le Panel 5→ Fractales et cultures africaines. Les recherches de Ron EGLASH, cybernéticien professeur de sciences, confirment l’aspect fractal de nombreux éléments de la culture africaine (architecture, tissus, coiffures). C’est ce même caractère fractal que l’on retrouve fondamentalement dans la nature fut dévoilé dans l’homme par J. Katoutankh, membre d’Anyjart et Médecin (poumons, plis entre le pouce et l’index, fougères, etc.).

 

Le Panel 6→ Dessiner des multiplications. Mis au point par certains peuples africains qui maitrisaient l’art de dessiner une multiplication, cette approche des mathématiques fait la joie des enfants. Ils sont donc venus très nombreux sur scène autour de Serena de la structure Gwadoc, pour nous montrer la richesse de cette pratique.

 

Le Panel 7→  La numération antique africaine. La découverte de la massue du Roi Narmer, vers -3200 ans de l’ère ancienne africaine, a permis aux chercheurs de saisir le mode opératoire du système de la numération antique africaine. Il est alors surprenant de voir que le système égyptien, avec des nombres représentés par des symboles hiéroglyphiques (une anse de panier vaut pour 10, une fleur de lotus vaut pour 1000, le Dieu Héhé pour 1 000 000) permet de réaliser des opérations à grandes échelles.

 

Le Panel 8→ Mathématiques et langage binaire. Alors que beaucoup pensaient que les Mathématiques de l’Afrique n’avaient pas grand intérêt, le symposium a montré que les chercheurs du monde entier reconnaissent que c’est bien leur mode opératoire qui est à la base de la génération du code binaire informatique. Là encore, il fut stupéfiant de voir des enfants s’exercer avec K. Hérou, membre d’Anyjart et informaticien. Ils sont parvenus à générer aisément des codes binaires grâce à la méthode africaine.

 

Le Panel 9→ Mathématiques et modernité. Au cours de ce dernier panel, j’ai en compagnie de K. Hérou, approfondi par des exercices, la démonstration du lien entre les mathématiques africaines et le langage informatique, ou encore comment les africains ont inventé les bases scientifiques de l’ordinateur numérique bien avant les temps modernes. Ce fut un moment capital de ce symposium.

 

 

Kaamadja : Et comment réagissait le public ?

 

NKO : Tout au long du Symposium, le public a pu s’exprimer et interagir avec les intervenants et ainsi les échanges furent passionnants. Ce 1er Symposium sur les mathématiques africaines a aussi permis à tout un chacun de constater son niveau d’ignorance.

 

A la fin, les 130 personnes présentes nous ont félicité pour ce week-end de partage et de connaissances et beaucoup ont compris pourquoi nous devons ensemble à l’avenir, dans le cadre d’une démarche pédagogique positive, aborder ces thématiques avec nos enfants et ainsi valoriser notre patrimoine ancestral. A l’heure où il est question de renforcer chez eux leurs sentiments d’Estime de Soi et de Confiance en Soi, nous ne pouvons faire l’impasse sur cela.

 

 

Kaamadja : Sur ces mots, je vous remercie et vous assure de mon soutien dans votre voie.

 

NKO : Merci à tous et à très bientôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

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N. KALALA OMOTUNDE