Point de vue...

 

Du créole au Médoukam : L'éveil d'une conscience nouvelle

 

 

L’univers sémantique du Kréyol, la période de création de ce terme et l’idéal civilisationnel qu’il sous-tend, tout cela doit pouvoir être rediscuté à la lueur d’une nouvelle source d’inspiration philosophique.

 

Définition du mot « créole »
Dans les dictionnaires français du XVIIème siècle, le mot «Créole» définissait exclusivement les enfants blancs, nés dans les colonies (1).

 

Ce mot qui provient du portugais «Criolo », devint le terme «Criole » en 1690, dans le dictionnaire du français Furetière qui y nota : « CRIOLE : C’est un nom que les Espagnols donnent à leurs enfants qui sont nés aux Indes… ».

Puis on retrouve sous la plume du fervent défenseur de l'esclavage et possesseur lui-même d’esclaves, à savoir le père Labat (1663 - 1738), la mention suivante dans ses écrits datant de la fin du XVIIème siècle : «Le nègre que l’on m’avait donné était créole, il avait déjà servi d'autres curés, il connaissait le quartier où j'allais, il parlait français… » (2).

On constate alors que dès le XVIIème siècle, le terme « créole », utilisé à l’origine par les bourgeois français pour distinguer un Blanc né dans les colonies d'un autre né en Europe, fut étendu aux Noirs, pour distinguer les captifs, à savoir ceux qui étaient nés en Afrique par rapport à ceux qui étaient nés dans les colonies, ceci sans faire référence à la langue parlée.

Puis avec le temps, tout devint « créole », la musique, la cuisine, les arts, etc., sauf étrangement, la finance, l’économie, l'éducation, le foncier et les hauts postes dans l’administration.

Raison d’être du mot « créole »
Le terme « créole » reflète une époque, celle de l’esclavage, celle de son ascendance européenne. Il fut tout d’abord appliqué aux enfants Blancs avant d’être appliqué aux captifs pour les distinguer, car ceux qui venaient d’Afrique étaient souvent perçus comme moins coopératifs.

 

Pour autant les Noirs nés dans les colonies étaient-ils plus nombreux que ceux qui venaient d’Afrique ?

 

En réalité, l’espérance de vie sur les plantations était très courte (1 à 3 ans selon les chiffres) et la natalité était vraiment elle aussi très faible. L’universitaire US Steven Han, l’a d’ailleurs reconnu ouvertement dans un dossier publié par le Monde Diplomatique : « L’économie sucrière réalisait alors des bénéfices considérables et les planteurs estimaient moins coûteux de faire travailler leurs esclaves jusqu’à l’épuisement et d’en racheter pour remplacer ceux qui succombaient que d’encourager leur reproduction naturelle ». (3).

On pourrait penser qu’à partir de 1818, en raison de l’arrêt progressif de la traite (dont l’interdiction officielle fut décrétée en Angleterre et en France), les choses commencèrent à s’inverser. Néanmoins, la traite illégale prit le relais de celle légale, via notamment d’autres pavillons (hollandais, portugais, danois…).

Oser un autre univers sémantique
La langue kréyol possède une syntaxe grammaticale africaine et seuls les verbes et les mots viennent du français. Or, les démarches philosophiques actuelles, privilégient étrangement la source européenne au détriment de celle africaine.

Latin > hermano (espagnol), brother (anglais), frère (français), fwè (Kréyol).

Toutes les langues Kréyols ont été influencées par l'une ou l'autre des langues européennes (anglais, français...) qui toutes possèdent une souche originelle unique, à savoir le latin.

 

Si le Kréyol se perçoit comme un simple recyclage phonétique de mots français, sa souche est alors indéniablement le latin. Car en l'absence de mot "français", il n'existe pratiquement pas de mot "Kréyol" (attention au phénomène de dépendance linguistique).

Il existe pourtant des mots kréyol dont la racine est africaine, et cela on n'en parle très peu.

 

Une autre vision est intellectuellement possible. En effet, dans les langues africaines, on ne conjugue pas les verbes, ce qui n'est pas le cas en français. Or, c'est aussi le cas en Kréyol. Il en va aussi de même dans la langue des Africains anciens (Egyptiens anciens), dite « langue kamite ».

A propos de celle-ci, on constate que les Africains de la période pharaonique écrivaient la locution " sa maison" en disant "Per=s", soit "maison de elle" que l’on traduit aisément par «Kaz’ay », ou «Kaz a li », en kréyol, soit "maison de lui ou de elle" (NB. per = maison et s=elle (pronom féminin)).

 

Autre exemple, si je veux dire « le chat est sur sa maison », en kréyol je dis «chat le sur maison de elle», soit « chat’la asi kaz’ay ». En langue kamite, j’obtiens la même chose, soit «miaou hr per=s », à savoir « chat le sur maison de elle », etc.

Donc sachant que le mot « parole » se disait « Med », dont le pluriel est «Médou » (les paroles) et que « Kam », signifie «noir», le terme «Médoukam» est approprié pour désigner notre langue. Ce terme se traduit par  les « Paroles des Noirs », la       « Langue noire ». Là, nous introduisons un terme véhiculant notre paradigme et nous cessons d'être des péroquets.

Cette démarche n’est pas vraiment nouvelle, d’autres avaient proposé «Mounkam » (« Moun » en kréyol et « Kam » en langue kamite), ceci afin de sortir du champs sémantique européen du terme « créole », « Kréyol » et ainsi comprendre que l’on ne peut se limiter à la simple traduction de mot français (exemple, Rosand devient Wozan, Robert devient Wobè, Pointe à Pitre devient La Pwent) alors que dans nos langues ancestrales, tout à un sens profond (exemple de prénoms : Moésha = la vie en Kiswahili, Nubia = la richesse en langue kamite, Késiha = trésor en yoruba et Anaya = bénie en Luba).

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, ils l’ont fait car ils étaient enfin libérés de leurs chaines mentales ».

 

N. K. OMOTUNDE

 

 

 

Références :


(1) Dictionnaire Larousse
(2) Jean Baptiste Labat, Voyage aux Isles, page 52, Editions Phébus, libretto, réédition 1993
(3) Le Monde Diplomatique, mai 2006, article « Approches américaines de l’histoire de l’esclavage », page 20 et 21

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N. KALALA OMOTUNDE