Pourquoi l’histoire de l’esclavage des Hébreux en Afrique noire est fondamentalement fausse ?

 

Nous avons tous dans la tête les images des grands films hollywoodiens (Péplums) et notamment la titanesque fresque cinématographique de Cécil B. Demil, "Les dix commandements", dans laquelle on y voit des esclaves Hébreux construisant des monuments pharaoniques (temples, pyramides) sous le regard tyrannique de chefs de chantiers égyptiens, n’hésitant pas à les fouetter au passage.

 

Ce film s’appuie sur les récits de la Bible (Ancien Testament ) qui insistent sur les 430 années d’esclavage des Hébreux en Egypte [1]. Ainsi, par exemple dans Exode, I, 8 à 11, il est écrit :

 

"Il s’éleva sur l’Egypte un nouveau roi qui n’avait point connu Joseph. Il dit à son peuple voilà les enfants d’Israël qui forment un peuple plus nombreux et plus puissant que nous. Allons ! montrons-nous habiles à son égard, empêchons qu’il ne s’accroisse et que, s’il survient une guerre, il ne se joigne à nos ennemis pour nous combattre et sortir ensuite du pays. Et l’on établit sur lui des chefs de corvée, afin de l’accabler de travaux pénibles. C’est ainsi qu’il bâtit les villes de Pithom et de Ramsès, pour servir de magasins à Pharaon".

 

Aujourd’hui, suite aux nombreuses découvertes archéologiques et autres analyses des textes égyptiens, il est sage d’accepter de le reléguer ce récit au rang des légendes imaginaires sans fondements historiques. Nous allons voir pourquoi.

 

1- Analyse critique du texte :

 

Depuis la conférence scientifique du Caire organisée en 1974 par l’UNESCO en présence de tous les spécialistes internationaux [2], nous savons grâce notamment aux travaux du professeur Cheikh Anta Diop, que les Egyptiens anciens étaient des Africains, de l’espèce de tous les naturels de l’Afrique et de la diaspora africaine (A l’époque pharaonique le mot "égyptiens" n’existant pas, ces derniers s’appelaient les Kamit à savoir les "noirs". C’est d’ailleurs de Kam (noir) que vient Cham). Cette donnée est confirmée dans la Bible, qui affecte précisément à maintes reprises, Mizraïm ou Mitsraïm à savoir l’Egypte, au fils nègre de Noé : Cham [3].

 

Livrons-nous maintenant à un examen méthodique et rationnel du texte de l’Exode cité ci-dessus.

 

Si les Hébreux avaient réellement été à un moment donné, plus puissants et plus nombreux que les Egyptiens, ils n’avaient donc plus à les craindre. Sans doute auraient-ils même pu prendre le pouvoir en Egypte. Cette assertion, il faut l’avouer est exagérée, donc fausse !

 

De la même façon, les Hébreux n’ont jamais été mis en esclavage par les africains de la période pharaonique durant 430 années. Les faits suivants le démontrent explicitement.

 

2- La réalité historique :

A propos des corvées, nous ne devons pas oublier que les Hébreux étaient des pasteurs nomades (éleveurs de chèvres...) et les Egyptiens, des civilisateurs sédentaires (bâtisseurs de monuments). Il est donc évident que pour des nomades, construire des temples (à savoir tailler des pierres, porter des charges lourdes, tirer des câbles, etc..) était en totale inadéquation avec leurs habitudes de vie, d’où l’aspect pénible et contraignant de ce travail, qui faisait cependant partie des habitudes de vie des Egyptiens.

 

L’Egypte n’a pas utilisé d’esclaves pour bâtir ses monuments sacrés. Il était d’ailleurs interdit d’exercer la moindre pression sur les ouvriers et des textes de loi les garantissaient contre d’éventuels abus de pouvoir.

 

Comme le souligne l’égyptologue Robert-Jacques Thibaud [4] : "Contrairement aux idées reçues et répandues depuis des siècles (...) l’Egypte pharaonique n’a pas utilisé d’esclaves pour la construction de ses temples ou des monuments destinés à ses rois".

 

Là-dessus, les archéologues Zahi Hawass et Mark Lehner, confirment encore que [5] : "Contrairement aux idées reçues, encore relayées par certains guides récents, les pyramides n’ont pas été construites par des esclaves ou des étrangers".

 

En fait, les pharaons africains avaient formé depuis toujours, une élite d’architectes, de géomètres, d’astronomes et d’ingénieurs en mécanique, hautement qualifiée pour penser et réaliser tous les ouvrages architecturaux (temples, pyramides, sculptures, ...). Cette élite était renforcée par des ouvriers hors pairs (tailleurs de pierre, peintres, sculpteurs...), aidés par des paysans égyptiens désireux de rendre service à leur patrie : Kemet (véritable nom africain de l’Egypte).

 

Pour les Egyptiens, l’Afrique était un don de Dieu, c’est la terre sacrée où Dieu, dans sa grande bonté, à crée l’homme à son image. D’où le souhait de couvrir le pays de temples sacrés dédiés à Dieu (Amen) et à ses créatures à partir d’observations cosmiques.

 

L’ouvrier, l’artisan et l’architecte faisaient presque œuvre de piété en construisant les temples sacrés. Sur un autre plan, les grands chantiers permettaient à pharaon d’occuper son peuple durant les périodes d’inactivités (germination, inondation...). Nous savons précisément aujourd’hui qui étaient ces travailleurs africains, grâce aux écrits pharaoniques et aux fouilles archéologiques.

 

Vers 2300 de l’ère ancienne africaine par exemple, le pharaon Mykérinos laissa cette inscription sur son tombeau : "Sa majesté veut qu’aucun homme ne soit pris au travail forcé mais que chacun travaille à sa satisfaction".

 

RAMSES II

Vers 1300 de l’ère ancienne africaine un autre texte du pharaon Ramsès II mentionne :

 

"Oh ! Travailleurs choisis et vaillants ! Oh ! Vous les bons combattants qui ignorez la fatigue, qui exécutez les travaux avec fermeté et efficacité. Je ne vous ménagerai pas mes bienfaits, les aliments vous inonderont. Je pourvoirai à vos besoins de toutes les façons, ainsi vous travaillerez pour moi d’un cœur aimant. Je suis le défenseur de votre métier (...) Votre nourriture sera très copieuse, car je connais votre travail véritablement pénible, pour lequel le travailleur ne peut exulter que lorsque son ventre est plein (...) J’ai aussi mis en place un nombreux personnel pour subvenir à vos besoins : des pêcheurs vous apporteront des poissons, d’autres, des jardiniers feront pousser des légumes, des potiers travailleront au tour afin de fabriquer de nombreuses cruches, ainsi pour vous, l’eau sera fraîche à la saison d’été".

 

Ramsès II fit construire de nombreux édifices partout en Egypte (à Thèbes, en Nubie, à Abydos, dans le Delta, à Memphis, etc...). Il est ainsi aisé de constater que le grand respect qu’avait Ramsès II pour ses ouvriers, ne cadre absolument pas avec les textes de la Bible.

 

Les fouilles archéologiques ont mis à jour les habitations et les tombeaux de nombreux ouvriers et chefs de chantiers d’élite. En 1987 par exemple, on a découvert une centaine de tombes d’ouvriers ayant participé à la construction de la pyramide de Kéops à Gizeh (L’idée même que les Hébreux aient construit les pyramides est un non sens car celles-ci existaient déjà 2000 ans avant leur arrivée en Afrique). Pour les chercheurs Zahi Hawass et Mar Lehner : "Les pyramides ont été édifiées par des citoyens égyptiens ordinaires, dont certains étaient enrôlés par roulement d’autres engagés à plein temps".

 

Ceux-ci étaient grassement payé pour leur labeur. Le décompte des salaires des ouvriers ayant construis la Vallée des Rois (contremaîtres, carriers, tailleurs de pierre, charpentiers, sculpteur, peintres et manœuvres) est encore là pour confirmer notre propos : "Salaire pour le 2ème mois de l’été : le contremaître 7 sacs ½ ; le scribe 7 sacs ½ ; chacun des 17 ouvriers 5 sacs ½ ; soit 93 sacs ½ ; les deux jeunes chacun 2 sacs, soit 4 sacs ; le gardien 4 sacs ½ ; les servantes (ensemble) 3 sacs, le potier 1 sac ½ ; le médecin 1 sac ½".

 

Pour l’égyptologue Théophile Obenga [6] : "Soustrait de la production des biens alimentaires, ces ouvriers recevaient de la part de l’administration pharaonique, quotidiennement pour se nourrir du pain, de la bière, du poisson, des dattes et des légumes et à l’occasion de fêtes particulières, de la viande. L’eau potable leur était également fournie chaque jour. Ils étaient ravitaillés aussi en vêtements et en sandales (...) Chaque artisan recevait (...) un salaire déterminé sous forme de céréales, parfois aussi en métal précieux. La paie, assurée par le Trésor Royal, avait lieu au début du mois, par anticipation. Les céréales faisaient office de monnaie".

 

Cette rémunération sous forme de sacs de céréales est attestée dès l’Ancien Empire, soit vers -2800 ans de l’ère ancienne africaine. Chaque ouvrier recevait un salaire pour son labeur, tel ce peintre de Deir el Médina, qui reçu pour la réalisation d’un sarcophage : "Un vêtement tissé d’une valeur de 3 séniou (poids d’argent d’environ 7.6 g) ; un sac d’une valeur de ½ sac de céréales, une natte avec couverture, soit ½ séniou et un vase de bronze valant ½ séniou".

 

Un autre texte mentionnant une grève faite sous Ramsès III (vers -1200 ans) par des ouvriers s’estimant mal entretenu, confirme encore la position des chercheurs (En plus, le pharaon les a ouvertement défendu).

Sur le tombeau du prêtre juge Kai, on peut lire : "Je les ai payé (les ouvriers) en bière et en pain et leur ai fait jurer qu’ils étaient satisfaits".

 

Tous les Africains anciens étaient fiers de leur travail, de leur pharaon, de leur pays et des bienfaits que Dieu (Amon) leur avait gratifiés, depuis leur départ d’Ethiopie-Nubie (soudan actuel). Construire des temples était pour eux une manière de prouver à Dieu et à pharaon leur dévotion, leur amour et leur discipline. Les étrangers affectés à ces travaux de construction satisfaisaient le dessein national du pays tout en étant rémunérés.

 

3- L’inexistence du mot « esclave » en égyptien ancien :

A vrai dire, il n’existe aucun document montrant un esclave en Egypte. On trouve tout au plus, des captifs de guerre et des serviteurs. La raison en est fort simple : le mot "esclave" n’existe pas en égyptien ancien !

 

Les historiens fantaisistes essaient de traduire le mot "bak" qui veut dire en réalité "serviteur" par "esclave". Mais le serviteur était un homme libre, marié ou non et salarié pour son travail (la graphie même du mot montre un homme libre).

 

Le mot "hem" quant à lui, désigne dans un sens plus religieux "serviteur". Il s’appliquait au roi, aux prêtres, aux artisants, etc...

 

Enfin, le mot "Sekher ankh" à savoir "vivant blessé" s’appliquait aux captifs de guerre. Il n’y a donc pas de mot pour dire précisément "esclave" en égyptien ancien, donc ce que l’on ne peut pas nommer ne peut avoir existé.

 

Pour être clair, les historiens qui essaient de vous faire croire que l’on a désigné par le même mot "hem", le « maître » et « l’esclave », sont des falsificateurs ! Aucune civilisation au monde n’a jamais désigné par le même mot, la condition du maître et celle de l’esclave. Ce qui au demeurant, est logique !

 

4- Conclusion :

Tous ces documents prouvent que la thèse de l’esclavage des Hébreux en Egypte est une fable qui a été amplifiée par la colonisation européenne. En parlant de leur servitude en Egypte, les Hébreux ont voulu signifier au combien la construction des monuments fut pénible pour eux, qui était à l’origine un peuple nomade et éleveur de bovins [7].

 

Et d’ailleurs dans Exode, XVI, 3, ils confirment qu’ils étaient parfaitement bien nourris par pharaon, comme tous les ouvriers égyptiens : "Que sommes-nous mort par la main de l’Eternel dans le pays d’Egypte, quand nous étions assis près des pots de viandes, quand nous mangions du pain à satiété ? Car vous nous avez menés dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude".

 

Soyons un minimum sérieux, des esclaves n’auraient pas pu avoir du pain jusqu’à satiété. La Bible nous indique encore, qu’ils étaient entre autre, chargés de fabriquer des briques pour la construction des édifices (Exode, V, 8). Par ailleurs, il est dommage que la Bible passe sous silence l’énorme savoir-faire acquis en Afrique noire par les Hébreux, dans la construction monumentale, par exemple.

 

Références bibliographiques:

 

[1] Cf. La Bible, Exode, XII, 40

[2] CF. Les actes du colloque du Caire - Unesco

[3] Cf. Génèse X, 6] : Les fils de Cham furent Cush (l’Ethiopie), Mitsraïm (L’Egypte), Puth (le Soudan) et Canaan (l’Israël actuelle). [[NB. Mizraïm viendrait de l’égyptien Messou Ra Im, à savoir, "Ici sont ceux qui ont été enfantés par le Dieu Ra"

[4] Cf. Robert-Jacques Thibaud, Dictionnaire de mythologie et symbolique égyptienne

[5] Cf. Cf. Revue National Géographic, novembre 2001, n° 26

 [6] Cf. Théophile Obenga, La philosophie africaine de la période pharaonique, éd. Harmattan

[7] Cf. Exode XIII, 3. L’Egypte est assimilée à une maison de servitude

 

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